Aux Pays-Bas, loin des gazages, les oies sont maintenant consommées !
Gueldre : un plan ambitieux pour réduire la population d’oies cendrées grâce au “Taxi-oies”
Face à une explosion de la population d’oies cendrées et aux dégâts importants qu’elles provoquent, la province néerlandaise de Gueldre a lancé fin 2024 un plan de régulation visant à réduire leur nombre de 60 000 à 30 000 individus d’ici 2028. Cette mesure fait suite à une motion adoptée par le conseil provincial, après avoir constaté que les oies figuraient en tête des espèces causant des dommages à la faune et à l’agriculture. En 2023, ces nuisances ont représenté plus de 3 millions d’euros de dégâts, notamment dans les zones agricoles, les parcs urbains et les réserves naturelles.
Un problème environnemental et sanitaire grandissant
Les oies cendrées ne posent pas seulement problème aux agriculteurs. Elles sont aussi devenues une source de pollution dans les villes, en souillant les espaces verts, les rues et les plans d’eau. Cela a même des conséquences sur la santé publique, comme l’augmentation de la dermatite du nageur, une infection parasitaire liée à leurs déjections. Dans certaines villes comme Harderwijk, les habitants dénoncent des nuisances constantes et une cohabitation devenue difficile avec ces oiseaux sauvages.
Des chasseurs prêts à agir, mais pas à gaspiller
Pour accompagner cette régulation, la province a décidé de valoriser la viande d’oie abattue grâce à une initiative originale : le “Taxi-oies”. Ce service a été imaginé par Erik van den Horst, chef de projet de l’organisation Gelders Wild, après avoir constaté que de nombreux chasseurs refusaient de tirer faute de débouchés pour la viande. « Les chasseurs ne veulent pas tirer pour les déchets », souligne-t-il.

Le principe est simple : les chasseurs s’enregistrent à l’avance via WhatsApp, puis une camionnette réfrigérée passe collecter les oiseaux sur différents points de rendez-vous. Les oies sont ensuite transportées vers Kootwijkerbroek, où elles sont transformées en viande destinée aux bouchers, éleveurs de volailles ou consommateurs locaux.
Une viande durable et locale à faire connaître
Selon Van den Horst, le véritable défi réside dans la faible notoriété de la viande d’oie auprès du public. Pourtant, elle est riche, savoureuse et durable, issue d’une régulation naturelle des populations. Il insiste : « Si chaque habitant de Gueldre mangeait un ou deux hamburgers d’oie par an, cela suffirait à créer un marché viable ». La province soutient d’ailleurs le projet à hauteur de 49 000 € pour la saison en cours, avec l’objectif qu’il devienne autosuffisant à terme, en créant un circuit court autour du gibier local.
Une réponse critiquée par certains chercheurs
Tout le monde ne partage cependant pas cette vision. Eugenie van Heijgen, chercheuse à l’Université de Wageningen, estime que la régulation par la chasse est une réponse symptomatique plutôt qu’une solution de fond. Elle explique que la prolifération des oies est avant tout liée à l’aménagement des paysages agricoles modernes, enrichis en azote et en engrais, qui favorisent la croissance d’une herbe très nutritive… parfaite pour les oies.
Elle plaide pour une restructuration du paysage : retour à des cultures plus diversifiées, prairies moins fertiles, moins d’homogénéité, et une gestion plus fine des habitats. Selon elle, tant que ces conditions ne changent pas, la population d’oies continuera à croître, même après des opérations de régulation.
Une initiative pilote en voie de structuration
Pour le moment, le projet “Taxi-oies” est en phase pilote, notamment dans la municipalité de Lingewaard, où la vente locale de viande d’oie est testée. Le but est de construire un modèle économique durable, qui rémunère les chasseurs, valorise le gibier, et allège les coûts de gestion pour la province.
Cette initiative pourrait devenir un exemple européen de régulation durable de la faune, en combinant gestion cynégétique, circuits courts alimentaires et sensibilisation à une viande encore méconnue mais prometteuse. Une initiative qui pourrait aisément voir le jour également en Ecosse, où de nombreux chasseurs Français voyagent à la quête d’oies, et dont certains guides peu scrupuleux n’hésitent pas à enfouir ou tout simplement jeter les oies prélevées…
Source : GLD.nl




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